Déclaration d'Autrans

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Pyb
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Déclaration d'Autrans

Pyb
Je vous copie la déclaration d'Autrans, rencontre qui se déroule chaque
année et regroupe les acteurs de l'Internet. Wikimédia France y est bien
entendu régulièrement présente. Cette déclaration donne quelques pistes
de réflexion, qui vont bien au-delà de l'environnement (qui n'est pas
notre préoccupation première).


Déclaration des 12èmes rencontres d’Autrans : le web et l’environnement.

En 2007, alors que le « web 2.0 » prend son envol, les groupes de
travail du « grenelle de l’environnement » :
* d’une part ont déploré le manque d’information de la population et
souligné le besoin de sensibiliser les jeunes générations,
* d’autre part, paradoxalement, n’ont formulé aucune proposition
concernant la manière dont les technologies de l'information et de la
communication (TIC) pourraient contribuer à la résolution de cette
question et des autres problèmes posés lors de ce « grenelle ».

Deux jours de travail permettent de tracer quelques pistes pour
comprendre ce paradoxe et répondre à cet enjeu.

L’objectif affiché de ceux qui ont fait de l’Internet un réseau mondial
est, depuis plus d’une vingtaine d’années, de donner et maintenir le
pouvoir au bout de la ligne, autrement dit d’éviter qu’il soit capturé
par des intermédiaires, tels que les grands médias. Le web actuel, avec
les blogs, les wiki, la possibilité de publier non seulement des textes,
mais aussi des images et des vidéos, de créer des réseaux sociaux et des
univers virtuels, est une étape majeure dans la direction voulue et
maintenue par ces fondateurs : le bout de la ligne devient un auteur à
part entière, un agent économique, un animateur et un participant au
fonctionnement de nouvelles intelligences collectives.

Dès lors, il n’est pas surprenant qu’Internet, bien qu’il ait été
largement utilisé pour préparer le « grenelle de l’environnement », ait
été le grand oublié de ses conclusions. Ce « grenelle » était en effet
une négociation où ne participaient que des intermédiaires : les
représentants des mouvements écologistes, ceux des entreprises, les
administrations et le gouvernement. Il en est résulté une déclaration
d’intention, accompagnée d’une grande opération de communication, au
moyen de laquelle tous ces acteurs ont été valorisés dans leur rôle
d’intermédiation. Rien d’étonnant à ce que bout de la ligne soit le
grand oublié même si, dans les déclarations de principe, on affirme que
l’essentiel repose sur les décisions des individus.

Plus généralement, l’ignorance du web par le « grenelle » est peut-être
le signe avant-coureur d’une plus profonde crise de l’intermédiation.
Car, si l’on essaie de se représenter une société où la grande majorité
des citoyens sont devenus familiers du web, ce qui devrait être le cas
dans moins d’une génération, l’intelligence collective s’y manifeste
dans des réseaux sociaux, des recueils de données et des débats ouverts
et fluides. Le rôle des intermédiaires permanents actuels y est
singulièrement réduit. Il ne s’agit pas d’une désintermédiation
générale. L’expérience montre, au contraire, que l’intermédiation
s’accroît quand de nouvelles communications se mettent en place, ne
serait-ce que pendant la phase d’apprentissage. Mais il y a crise dans
le sens que d’anciennes intermédiations disparaissent alors que de
nouvelles se créent. Il n’empêche que, actuellement, les anciennes
résistent. Leur combat d’arrière-garde se manifeste par exemple dans la
mission Olivennes.

À ce sujet, les membres de la société civile assemblés à Autrans :
* contestent sur le fond, une analyse superficielle, et une orientation
vers un système de répression d’inspiration totalitaire.
* déplorent qu'une conférence inclusive et participative n'ait pas été
organisée, au lieu de consultations bilatérales.
* contestent totalement le principe de l'établissement d'un système
féodal de « basse justice », basé sur les relations contractuelles avec
les fournisseurs d'accès, habillé sous le couvert d'une haute autorité.
Ce système féodal est contraire aux principes fondamentaux de la
République, et des libertés qu'elle incarne.
* relèvent le vice du consentement des relations contractuelles avec les
fournisseurs d'accès, car celles-ci n'ont été conclues que sous des
pressions inéquitables, soit de leurs actionnaires s'immisçant
directement dans leur gestion, soit sous la menace de ne pas obtenir de
licence.

De même, le maintien de tarifs téléphoniques élevés, notamment pour
l’accès Internet par GSM et pour l’international, après que les droits
de douane et autres octrois aient été supprimés, alors que la voix et
même la vidéo peuvent être transmis librement par Internet, est en
contradiction flagrante avec l’objectif officiel, approuvé au niveau
européen, de construction d’une « société de la connaissance » pour tous.

Enfin, on peut se demander si la crise financière qui a pris naissance
avec les « subprimes » aux Etats-Unis pendant l’été 2007 n’est pas aussi
une crise de l’intermediation, on pourrait même dire une bulle au vu du
gonflement indécent des effectifs et des rémunérations du tertiaire
financier.

Dans ces conditions, nous recommandons vivement aux pouvoirs publics de
faire leur métier, qui est de servir l’intérêt général, lequel ne se
confond pas et se confondra de moins en moins avec l’intérêt des
intermédiaires en place.

Le « grenelle de l’environnement » a mis en lumière la nécessaire
mobilisation de la société pour aller vers des modes de production et de
consommation plus soutenables. Pendant les trente dernières années, les
systèmes d’intermédiation en vigueur ont engendré gaspillages et
destructions de la nature. Dans le cas présent, il ne s’agit pas tant de
faire, mais de ne pas empêcher de faire ceux qui sont en bout de ligne,
et aussi de mettre à leur disposition gratuitement les outils et les
informations qui pourraient leur être utiles.

À titre d’exemple, on peut citer :
1. Le développement du télétravail, activité professionnelle du bout de
la ligne. Le télétravail, entravé par divers règlements et négociations,
est dix fois moins développé en France que dans le reste de l’Europe et
vingt fois moins qu’aux Etats-Unis. Un calcul rapide montre que si 15%
de la population active se mettait au télétravail deux jours par semaine
(ce qui est en pratique assez réaliste), l’émission de gaz carbonique
dans l’atmosphère en serait diminuée de 20 à 30 millions de tonnes par
an (l’équivalent de 6 à 8 centrales nucléaires). On ne peut pas dire que
ce soit négligeable, au regard des objectifs du « grenelle ».
2. Les informations cartographiques et les observations scientifiques,
par satellite ou sur le terrain, de l’état de l’écosystème, acquises
avec l’argent du contribuable, doivent être mises gratuitement par
Internet à disposition du public. C’est indispensable, notamment, aux
agriculteurs, qui ont à anticiper les effets du changement climatique.
Par ailleurs, ces mêmes agriculteurs agissent sous l’emprise des
conseils que leur donnent les vendeurs d’engrais et de pesticides, faute
d’une mise à disposition gratuite des connaissances, souvent acquises
sur fonds publics. Il en résulte des pollutions qui mettront peut-être
plusieurs générations à se résorber. Cette recommandation rejoint ce qui
a été écrit dans la déclaration d’Autrans 2007 au sujet des informations
d’utilité publique à mettre à disposition par Internet gratuitement,
structurées pour une consultation facile et dans des formats libres.
3. Plus généralement, il est à prévoir que l’acquisition, le partage, la
diffusion des connaissances et des savoir-faire seront profondément
transformés par l’Internet. D’abord la surveillance de l’écosystème
utilisera non seulement des moyens lourds centralisés tels que les
satellites, mais aussi la compétence des citoyens en bout de ligne sur
le terrain, comme le fait par exemple, « l’environment defense fund
(EDF) » aux Etats-Unis.
4. D’autre part, la France dispose d’un enseignement public,
c’est-à-dire au service de l’intérêt général, qu'il faut d'urgence
accompagner dans sa mutation vers une utilisation pertinente et
efficiente des outils et dispositifs pédagogiques du futur. Le modèle
comportemental de la salle de classe, qui a formaté la société depuis le
19ème siècle, doit laisser place à autre chose, qui reste à inventer.
C'est notamment ceux, les enseignants, professeurs, éducateurs, en
première ligne qui doivent pouvoir librement expérimenter, prendre des
initiatives et être accompagnés avec bienveillance et non pas contrôlés
par une institution dépassée. Les contenus deviennent accessibles en
ligne, le métier ne consiste donc plus à "transmettre des connaissances
ou des savoirs" mais doit être ré-inventé.

Pour qu'une société prenne soin de la nature, il faut que l'enseignement
lui en ait donné l'envie et les moyens. Ce sont à la fois les outils et
pratiques pédagogiques, le contenus des enseignements, les métiers et
l'implication de tous (parents notamment) à un niveau local qui doivent
évoluer sans plus attendre. Le Web le permet dès aujourd'hui..

Il reste peu de temps. Ce ne sont pas les structures et les
intermédiaires actuels, trop lourds et trop occupés à se maintenir en
place, qui peuvent faire autre chose que ce qu’ils ont fait depuis
trente ans. Ce sont les individus, au bout de la ligne, avec leur
conscience, qui peuvent changer les choses.


http://wiki.autrans.net/CompteRendus2008/LaD%e9clarationDAutrans2008

--
Pierre Beaudouin
Président de Wikimédia France
http://www.wikimedia.fr

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